Bibliothèque des Phares

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Les phares du Roi

Phare des rois et œuvre de Louis de Foix, Cordouan est le premier phare français. C'est également le plus vieux phare en mer en activité au monde.

Cordouan a été allumé en 1611 à l'embouchure de la Gironde, passage particulièrement dangereux pour les bateaux remontant le fleuve en direction de Bordeaux.  Ce n’est pas le premier bâtiment construit sur le plateau rocheux de Cordouan. Des religieux y avaient établi un feu au début du XIIIe siècle, et les Anglais vers 1360 y érigèrent une tour, pendant la guerre de Cent Ans.

A la fin du XVIe siècle, Henri III puis Henri IV ordonnent et financent la construction d'un nouveau bâtiment. Sa fonction est double : être utile pour les marins en signalant les dangers par un feu, mais aussi impressionner les visiteurs par son architecture monumentale.

A la fin du XVIIe siècle, la monarchie décide de faire de la France une puissance maritime. Les ingénieurs du roi construisent les arsenaux de Rochefort et de Brest. Colbert rédige sa grande ordonnance de la Marine (1681). Vauban ordonne alors l'édification de quelques phares pour sécuriser les accès aux ports du royaume : les Baleines (Ré), Chassiron (Oléron), le Stiff (Ouessant), le Cap Fréhel.

Ce sont des tours d'une architecture militaire simple. Un foyer brûle du bois, puis du charbon, à leur sommet, d'où leur nom de « tour à feu ». De nouveaux phares sont construits au XVIIIe siècle dans la Manche (Barfleur, La Hève, l'Ailly), à l'initiative de la Chambre de commerce de Rouen. Ils constituent, avec Cordouan et quelques feux de port, le premier réseau des phares de France.

A la fin de l'Ancien Régime, un effort de modernisation des phares est mené sous l'impulsion d'un entrepreneur en éclairage urbain, Tourtille Sangrain. Le roi lui concède la quinzaine de feux signalant les côtes de France. Tourtille installe des réflecteurs sphériques où brûlent des lampes à huile. Ces feux qui éclairent mal ou peu déclenchent la grogne des marins.

L'innovation se poursuit au phare de Cordouan. En 1789, l'ingénieur Teulère (1750-1824) construit une tour conique qui vient coiffer le chef-d’œuvre de Louis de Foix. Pour signaler l'édifice ainsi surélevé, le savant Borda (1733-1799) et le fabricant d'instruments scientifiques Etienne Lenoir (1744-1832) conçoivent des réflecteurs paraboliques tournants.

La conception des phares est désormais l'affaire d'un milieu savant dont le pouvoir va s'affirmer sous la Révolution et l'Empire.

Un modèle anglais

Pendant l'Ancien Régime, la France lorgne du côté de l'Angleterre dont les côtes sont incomparablement mieux éclairées. Les phares y sont placés sous la responsabilité de Trinity House, une corporation reconnue en 1514 par Henry VIII. Trinity House obtient en 1566 le privilège de construire des phares, pour lesquels elle perçoit des droits de feu (light dues), une taxe encaissée dans les ports anglais.

La corporation est dirigée par des «frères aînés» (Elder Brethren), des hommes et des femmes choisis parmi les marins éminents, ainsi que dans l’aristocratie et le monde politique.

L'Angleterre invente une gestion mixte - publique et privée - des phares, qui va stimuler la construction et l'innovation. Les trois tours construites successivement sur le rocher d'Eddystone entre 1698 et 1759, au large de Plymouth, s'inscrivent dans cette dynamique.

Une Commission pour les phares

La Révolution et l'Empire posent les bases d'une réorganisation du réseau des phares français qui s'écarte radicalement du modèle britannique. Les phares deviennent un bien public gratuit, administré par la Marine (1792), puis le Ministère de l'Intérieur (1806).  Les ingénieurs des Ponts et Chaussées prennent en main le réseau et projettent des tours monumentales.

En 1811, une Commission des phares est créée pour réfléchir à un système général d'éclairage des côtes de France. Elle est composée de savants, de marins et d'ingénieurs. François Arago (1786-1853), physicien et professeur à l’École polytechnique, rejoint la Commission en 1813. Il y supervise des expériences sur la lumière et recrute un jeune savant, Augustin Fresnel (1788-1827).

Fresnel et les phares étoiles

Augustin Fresnel, polytechnicien et ingénieur des Ponts, révolutionne l'éclairage des phares en proposant en 1822 l'emploi de lentilles à échelon. Des expériences sont menées sur les hauteurs de Paris. Elle confirment l'efficacité théorique du nouveau dispositif. L'opticien François Soleil (1775 – 1846), le bien-nommé, construit le prototype d'un grand appareil à lentilles installé à Cordouan en 1823.

Les essais sont concluants. Deux ans plus tard, la Commission des phares adopte le rapport préconisant la construction d'un « système » général pour l'éclairage des côtes.

Michelet écrit dans La Mer (1861) que la France, «armée du rayon de Fresnel», fit descendre «un ciel de plus» pour guider les marins. L’image est inspirante: le réseau des phares étoiles est un système céleste construit par les hommes sur leurs côtes afin de les rendre lisibles.